15 octobre 2009 - 16 janvier 2010 : Michel QUAREZ ''Ses autoportraits''

Au-delà de la fatigante question des « influences », il faudrait explorer et nommer cette zone d’intimité qui prend place entre les artistes, sans solution de continuité, et qui à défaut d’établir on ne sait quelle communauté abstraite entre eux, dessine la géographie de leurs affinités, disons même de leurs affinités secrètes, pour mieux capter l’attention. On ne cessera jamais de rêver à la communion immédiate des âmes, mais on se dit parfois qu’elle se réalise dans le milieu propice des ateliers.

« Liberté, j’écris ton nom » disait un poète en mot. Michel Quarez, poète en couleur, chante lui de ses tubes et de ses pinceaux, non des mots latins pour devise républicaine, mais des visages familiers, portraits de ses amis et de ses maîtres, qu’il les ait connus personnellement ou qu’il ait été leur contemporain (car on aurait pu prendre aussi, au hasard, Velasquez ou Watteau). Sa familiarité d’art et d’amitié est ancienne avec eux ; nul besoin de se la prouver, mais l’artiste éprouve le désir de l’entretenir comme un jardin. Cela donne cette série d’effigies. Elles ont orné d’abord l’atelier de la rue Auguste-Poullain, punaisées dans le fond, à peu près comme vous et moi serrons des photos d’êtres chers dans nos portefeuilles. C’est donc d’une exposition sentimentale qu’il s’agit, joyeuse et familière, mêlant dans une même effusion les morts et les vivants.

Les jeunes artistes ont toujours pratiqué la copie des maîtres, pour comprendre l’œuvre par le dedans et pour apprendre le métier de peindre. Michel Quarez n’est plus un jeune artiste. Sa connaissance longue et méditée de la peinture lui fait préférer cet autre « exercice d’admiration » qu’est le portrait intellectuel, où il se livre lui-même autant que ses modèles (cela s’appelle des « autoportraits »). L’exposition est venue comme ça, comme on convoque un banquet d’anciens camarades. La figuration narrative : Rancillac, Adami, Aillaud, Fromanger, Cueco, Arroyo, Monory, Télémaque, Niki de Saint-Phalle, tous issus des bons millésimes des années trente, mais figurés en hommes jeunes (et en ange aux yeux bleu de Sèvres). À quoi s’ajoutent Philip Guston, œil venu d’ailleurs, et quelques figures tutélaires : Léger, Chirico, Matisse, l’éternel barbon, et Picasso, parce que c’est Picasso. Un seul affichiste : le profil de Raymond Savignac, noir à la façon de M. Silhouette, avec le comique d’accessoires : casquette, lunettes, moustaches, sur fond de couleur écartelé. En serre-file Andy Warhol, l’inspirateur, dont l’exposition du Grand-Palais préside visiblement à cette série.