4 novembre 2010 - 15 janvier 2011 : Giorgia FIORIO ''Sous le ciel''

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Vues de l'exposition "Sous le ciel" de Giorgia Fiorio

Vues de l'exposition "Sous le ciel" de Giorgia Fiorio

Vues de l'exposition "Sous le ciel" de Giorgia Fiorio

Exposition présentée dans le cadre du Mois de la Photo à Paris, Novembre 2010
en partenariat avec Central Color et le soutien de l'Institut Culturel Italien

Sous le ciel

« Sous le ciel » fait suite à un travail que Giorgia Fiorio a largement publié et exposé sous le titre « Le Don » : une exploration des diverses pratiques sociales et communautaires rattachées à une croyance, une activité spirituelle ou une religion, et dont la manifestation passe par le langage du corps.
« Sous le ciel » rompt ainsi avec son propos photographique habituel, dans le sens où la contemplation du paysage y occupe une place majeure : celui des montagnes aux frontières nord de l’Italie. Et métaphoriquement aux frontières de soi, car « Sous le ciel » s’inscrit dans la continuité logique d’une aventure visuelle et intellectuelle : la photographie de Giorgia Fiorio est indissociable d’une prise de conscience, d’une pensée.
La simple idée de faire face au paysage porte en germe une réflexion sur nos limites et sur l’infini, conditionne une attitude spirituelle, voire métaphysique. Plus encore lorsque le spectateur, artiste ou homme ordinaire, est confronté aux sommets, à la manière d’un Caspar David Friedrich. Notre culture occidentale envisage la place de Dieu dans le ciel, l’histoire de la peinture nous l’a assez répété.
Mais « Sous le ciel » prend également la forme d’un voyage, ou plus exactement d’une descente vers la terre, en l’occurrence le monde matériel, le quotidien de la vie, une traversée en différents paliers qu’elle décrit en ces termes : « Une fois là, en haut sous la voûte du ciel, il y a le désir de traverser l’espace en dessous, la dimension verticale de la frontière. Descendre, s’immerger dans le silence des glaciers, sentir sous ses doigts l’âpre concrétion des roches, entendre le grondement des torrents dans les ravins, l’écho de ses pas au fond des gorges creusées dans la pierre, où s’exhale l’humidité des mousses, et, depuis la terre, regarder le ciel à l’envers, de nouveau lointain et haut, caché par les branches et les feuilles au-delà du sommet des sapins séculaires. »
Les images de cette exposition sont celles des montagnes contemplées, là où les sommets tutoient les nuages, où le soleil accentue les reliefs. Et la palette des noirs et blancs de Giorgia Fiorio retient avec exigence et talent les lumières ainsi que l’infinie richesse des événements visuels propres à ces paysages.

Gabriel Bauret

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La première et dernière frontière est celle avec soi-même, c’est l’instant où la pensée dépasse le périmètre de la personne et s’apprête à accueillir le monde: ma respiration, mon regard.
Le mot latin, cum-finis, (confins), oxymore d’une limite partagée, évoque deux concepts proches et opposés. En réfléchissant au thème de ce travail sur les frontières du nord de l’Italie, j’ai imaginé d’en visualiser les sommets, une couronne de glace griffée par le vent qui sépare les régions étendues à ses pieds.

Dans l’idée de frontière, il y a une dimension horizontale que l’on peut franchir d’un coup d’œil, et c’est mon incipit : trouver le moyen de monter suffisamment haut pour contempler, comme quand on observe une carte géographique, l’extension d’un territoire qui, dans sa totalité, dépasse toute acception d’appartenance. Une fois là, en haut sous la voûte du ciel, il y a le désir de traverser la mesure de l’espace en dessous, la dimension verticale de la frontière. Descendre, s’immerger dans le silence des glaciers, sentir sous ses doigts l’âpre concrétion des roches, entendre le grondement des torrents dans les ravins, l’écho de ses pas au fond des gorges creusées dans la pierre, où s’exhale l’humidité des mousses, et, depuis la terre, regarder le ciel renversé, à nouveau lointain et haut, caché par les branches et les feuilles  au-delà de la cime des sapins séculaires.

Bien que ce travail s’articule le long de la morphologie découpée d’une limite naturelle et que le scénario en question soit le grand théâtre de l’histoire, mon étude n’entend pas accomplir une reconstruction historico géographique. Il s’agit de percées au travers d’un territoire qui, situé aux confins de l’Italie, est aussi, dans ma perception, ce terrain vague entre l’imaginaire et ma mémoire. Un paysage unique et privé, celui qui appartient comme les doigts d’une main à chacun d’entre nous.
​Destin d’une seule personne ou l’histoire de plusieurs, c’est le paysage qui correspond pour chacun à un seul point dans le monde.

Giorgia Fiorio, mai 2010


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View of the exhibition "Below the sky" of Giorgia Fiorio

View of the exhibition "Below the sky" of Giorgia Fiorio

View of the exhibition "Below the sky" of Giorgia Fiorio


Below the sky


The first and last border is the one with yourself, it is the instant when thinking goes beyond the perimeter of the person and projects out to receive the world: it is my breathing, it is the way I see.

The word cum-finis, oxymoron of an apportioned constraint, ponders two adjacent and opposing concepts.  The theme was the borders of Northern Italy, and I imagined visualizing the peaks, a crown of glaciers scraped by the wind separating the lands that lie at its feet.  Within the idea of the confine is a horizontal dimension you can cross at a glance of the eye – this is my beginning: to find a way to go high enough to contemplate – the way you would a geographical map – the extent of a territory that in its entirety goes beyond any accepted meaning of belonging.  Once there, up below the vault of the sky, there’s a yearning to cross the measure of the space below, the vertical dimension of the confine.  Descend, plunge into the silence of the glaciers, feel the harsh concretion of rocks under your fingers, the thundering torrents in the ravines, the echo of your own footsteps at the bottom of gorges dug into stone where the moistness of musk is exhaled, and from the ground observe the overturned/upended sky high and distant once more, hidden by branches and leaves, beyond the tips of age-old firs.

Although this work takes place along the uneven morphology of a natural border and the scenario in question is the great theatre of history, the aim of my research is not to achieve a historical-geographical reconstruction.  These are clefts through a territory that, besides lying at the Italian border, inhabits my perception between the confine of the imagination and that of memory.  A unique and private landscape, the one that belongs to each individual like the fingers on one’s hand.  The destiny of one person alone or the story of many, it is the landscape that for each one of us corresponds to a single point in the world.

Giorgia Fiorio