20 mai - 25 juin 2011 : Aurélie GALOIS ''Les petits portraits''



Si l’on devait faire un portrait, chinois ou pas, d’Aurélie Galois, ce serait… Un portrait. Plume ou pinceau, ensemble ou séparés, pareils mais pas tout à fait au même.
A l’écriture, son expertise a déjà fait ses preuves, publiée au grand jour dans la presse magazine. Célèbres ou en passe de l’être, les personnalités tout azimut par elle dépeintes sont unanimes : toutes ont adoré se soumettre à sa question, être accouchées par sa douce indélicatesse pour se reconnaître dans la délicatesse de sa prose. Aurélie est journaliste et c’est dans le portrait qu’elle se réalise.
A la peinture, elle le pratique au secret depuis toujours. La même empathie, la même curiosité de l’autre, le désir de s’en approcher pour mieux le cerner et le révéler, connaître et ainsi faire mieux connaître. Un jardin si bien gardé que pendant longtemps elle s’est imposée de n’inviter personne chez elle par peur de se dévoiler, sans bien mesurer si la pudeur ou l’ego l’emportait dans ce qu’il faut bien appeler, désolé, une coquetterie encombrante.

Ainsi, est-ce de façon fortuite, au hasard d’une conversation, que ses premiers portraits muets (Matthew Williamson, Dries Van Noten, Maria Grazia Chiuri et Pier Paolo Piccioli) ont été publiés dans le magazine French où elle écrit. Et c’est tout aussi fortuitement, en allant interviewer Françoise Bornstein pour ce même magazine, que la galeriste lui a proposé de l’exposer chez Sit Down.
Voilà donc Aurélie Galois mise au pied de la cimaise en devoir de s’arranger le portrait en artiste-peintre et en demeure de trouver un thème à sa première expo. Des portraits, ça, c’est sûr ! Mais, surtout pas de prétexte intello, un désir esthétique, restons humble, à la limite du con-con, voire du cul-cul, tiens, pourquoi pas que des Raphaël ou que des roux ? Les premiers parce que son amoureux se prénomme Raphaël, les seconds parce que Françoise Bornstein est rousse. Elle prend ce qu’elle a sous la main, hein, au moment où le téléphone de la galeriste sonne et que le nom de l’interlocuteur s’affiche : Christian Roux. Ca ne s’invente pas, un signe pareil, on ne le laisse pas s’échapper.

D’autant moins, ça tombe bien, que le Raphaël de son cœur a aussi la barbe rousse, comme les frangins corsaires de légende.
Ce sera donc le fil rouge, les roux, de son exposition. Autant dire le fil roux qui relie les portraits de ses personnages, réels ou de fiction, connus ou anonymes, pêle-mêle à la couleur du cheveu, seul lien commun. Tous les roux l’intéressent. La preuve : des trois volumes « Brunes », « Blondes » et « Rousses », édités par « Playboy », c’est le troisième qu’elle préfère. Tellement plus sexy à son goût. Et la couleur, qu’elle adore travailler, du soleil à l’automne, en passant par le feu. Décision est prise, avec sa galeriste, d’opérer en miniatures, dans des boîtes, le tout à la récup, fond blanc, carton épais, un plaisir de térébenthine. Mais attention, surtout pas d’académisme, de pinceaux à deux poils langue sortie pour chaque détail. Pour que ça devienne mignon ? Et puis quoi encore ? Au contraire : désacraliser les miniaturistes, n’en faire qu’à sa manière. Aurélie procède par effacement : une tâche de rousseur au fond de la boîte, puis elle enlève progressivement la peinture (à l’huile, faut-il le rappeler ?) pour revenir au final sur les détails : les yeux, la bouche. Ainsi les roux tournent: Isabelle Huppert côtoie Jules Renard, Churchill croise Julianne Moore, Vivienne Westwood toise Vincent Van Gogh, Woody Allen danse avec Rita Hayworth.

Tout prétexte intello gardé, on n’échappera pas au regard politique qu’il y a à mettre le 1% et des poussières de la population mondiale en boîte (avec 13%, le Royaume Uni connaît la plus forte densité de roux* sur la planète, parmi lesquels les Gallois, comme Aurélie, ce ne peut pas être un hasard). La rousseur est une différence dès lors qu’elle constitue une minorité. En ces périodes douteuses de stigmatisation indigne des différentes communautés constituantes de notre nation par la politique menée par la droite et ouvertement affichée par l’ex-ministre de l’intérieur, le roux Hortefeux, il n’est pas inutile de mettre en lumière les identités singulières. Quelles qu’elles soient. Ils sont roux, et alors ?

Alain WAIS – journaliste

*Les Ecossais arrivent en tête avec 15% et, avec 5%, les Français ne sont pas mal placés.