9 octobre - 26 octobre 2013 : Xavier MERIGOT et Christian ROUX ''Collections particulières''


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“Collections particulières“ nous fait découvrir le petit peuple secret de la planète Xavier Mérigot venu cohabiter avec les dessins originaux des cités énigmatiques de Christian Roux. Les planches encyclopédiques de ces deux artistes insolites seront également exposées à cette occasion.

En juin dernier,Xavier Mérigot se faisait une joie de nous dévoiler ses gentils monstres minuscules sortant des surfaces où les avaient enfermés Jérôme Bosch, Breughel, Alfred Kubin. Il leur avait donné une troisième dimension. Aujourd’hui, tous ces petits êtres sont en deuil. Xavier Mérigot est décédé brutalement le 23 juillet dernier.

Deux collections particulières Ici, à l’intérieur de la galerie SIT DOWN, le dessinateur Christian Roux (né en 1952 à Calais) et le sculpteur Xavier Mérigot (né en 1943 à Vierzon) trament leurs fantasmes dissemblables, leurs styles hétérogènes, leurs rêves différents, leurs inventivités variées, leurs divagations éloignées, leurs visions. Ils les tissent. Ils les tressent. Ils marient des formes imprévues, des lignes inattendues, des figures surprenantes. Les villes extravagantes de Christian Roux, ses papillons chimériques, ses poissons fabuleux et les êtres étranges de Xavier Mérigot cohabitent. Ils voisinent, ils se fréquentent. Ils commercent. Parfois, une cité aberrante et contradictoire que Christian Roux imagine est un territoire envoûtant ; et tel personnage insolite de Xavier Mérigot s’approche ; il ne s’installe pas dans la cité, mais il l’observe ; il épie.

Les poissons imaginaires de Christian Roux ne se retrouvent jamais chez votre poissonnier. Les pêcheurs ignorés des lacs obscurs ramassent des crypto-brochets, des pseudo- espadons, des carpes déguisées, des limandes travesties, des congres maquillés, des truites camouflées, des turbots dissimulés, des piranhas fardés, des morues contrefaites, des lottes dénaturées, des ombres d’ombles, des harengs fallacieux, des saumons inexacts, des fausses murènes... Tel poisson-serpent porte une robe de tissu écossais ; telle raie est mouchetée ; telle anguille est tigrée ; telle dorade est tisonnée ; telle rascasse est fauve. Les anguilles ambiguës sont des oriflammes.

Les papillons bizarres de Christian Roux ont des ailes dissymétriques, baroques. Ils sont irréguliers, déréglés, monstrueux, hétéroclites, déviants. Les taches de leurs ailes se déplacent. Se dessinent des cocardes, des carrés sombres, des losanges, des verticales, des horizontales, des obliques, des cercles fragmentaires, des zigzags, des surfaces rayées, zébrées, léopardées, marbrées... Leurs antennes sont parfois ornées de deux feuilles. Tels papillons ressemblent aux grands nœuds que portaient les Alsaciennes. Les papillons que Christian Roux invente ne sont pas des vanesses, ni des bombyx, ni des sphinx, ni des saturnies, ni des machaons. Ces chasses rouxiennes aux papillons sont subtiles, méthodiques, minutieuses. Entomologiste fantasque, Roux rêve des lépidoptères effarants. Les papillons sont des fleurs sans tige et voltigent dans l’air.

Christian Roux se révèle un urbaniste azimuté. Ses villes absurdes bouleversent. Elles échappent à la perspective conventionnelle. Se tissent les gratte-ciel, les coupoles, les minarets, les espaces verts, les cheminées d’usines, les fenêtres grillagées d’une vaste prison, les quais, les ponts, les paquebots immenses, la guérite isolée d’une sentinelle, un escalier gigantesque... Sur une colline haute, les immeubles serrés escaladent vers le ciel. Une automobile unique règne sur un parking démesuré. Une lumière aveuglante illumine une route montante. Un énorme navire (avec ses huit cheminées) coule dans le port obscur. Les plantes sauvages s’élèvent avec férocité ; elles croissent ; elles envahissent les maisons de ce quartier menacé ; elles rongent les murs, les portes, les fenêtres. Certaines tours vacillent, chancellent, tremblent. Telle ville rouxienne est un labyrinthe inquiétant et tu t’égares. L’eau du fleuve est blanche.

Les cités troublantes de Christian Roux seraient peut-être cousines des Villes invisibles (1972) de l’écrivain Italo Calvino (1923-1985). Elles sont parfois “effilées“, “cachées“, “continues“, sans coordonnées spatio-temporelles ; les parcours des passants sont pluriels et ramifiés. Tu penses aussi à un récit de Jorge Luis Borges (1899-1946), L’Immortel (1947) : “Dans les palais que j’explorai imparfaitement, l’architecture était privée d’intention. On n’y rencontrait que couloirs sans issue, hautes fenêtres inaccessibles, portes colossales donnant sur une cellule ou sur un puits, incroyables escaliers inversés, aux degrés et à la rampe tournés vers le bas.“ Ou bien, les cités rouxiennes seraient peut-être proches des prisons fantastiques (Carceri d’invenzione, 1760) de Piranèse (1720-1778).

Xavier Mérigot sculpte des êtres abracadabrants, des personnages polychromes et burlesques, des escargots féroces, des monstres composites, des énergumènes hybdrides. Il choisit l’humour noir, les paradoxes incroyables, les étrangetés cocasses, les caprices, l’extravagance. Xavier Mérigot est un greffeur efficace. Sur la mie de pain (malaxée, triturée), il ajoute les matériaux divers : feuilles, champignons séchés, os de lapins et de poulets, pinces et antennes de homards, plumes d’oiseaux variés, épines énigmatiques (ramenées de la Guadeloupe), graines, poils d’une brosse, branchages, bois flottés, coquillages, pattes d’une chouette, fourrures, perles, fragments de coléoptères, fils colorés, vis, fers à talons, algues... Il sculpte des masques, des trophées... Les personnages excentriques se dressent sur des socles qui sont des os creux (remplis de plâtre rose). S’agitent les gnomes équivoques, les dragons capricieux, les hommes - chenilles, les sorcières sur leurs balais, les guerriers sarcastiques, les magiciens hiératiques, les chouettes sous la lune bleue, les trublions truculents, les phasmes amoureux aux corps allongés, les lutins hilares, une sirène séduite, un clown cornu, des insectes frénétiques... Xavier Mérigot évoque les cérémonies rituelles des petites tribus, leurs mythes. Gilbert Lascault, écrivain et critique d’art