6 septembre - 25 septembre 2014 : Alisa RESNIK ''One Another''

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Alisa Resnik, lauréate en 2013 du prestigieux  “European Publisher Award for Photography“ et finaliste du prix Leica Oskar Barnack 2014, expose  sa série One Another au mois  de septembre à Paris à la galerie Sit Down.

“Alisa Resnik photographie la vie et son reflet, la fragilité, la grâce, la mélancolie, la solitude“, dit d'elle Laura Serani, commissaire de l’exposition.

La nuit est son univers poétique et les teintes sourdes de ses images nous transportent dans ce huit-clos à l’écriture si sensible.


ICI LA NUIT EST IMMENSE, clame en grandes lettres rouges un tableau des 42 h du loup de Sarkis. Intrigant oxymore, qui peut sonner comme une promesse ou une menace. 

One another pourrait être l’histoire d’une nuit unique et interminable qui unit Berlin et Saint-Petersbourg.

Une nuit sans fin qui ne connaît pas la lumière de l'aube, qui s’étend sur des villes désertes et glisse dans des intérieurs aux moquettes et banquettes usées où, sur fond de rideaux et papiers peints délavés, des personnages passent, ou bien posent, devant et pour Alisa Resnik.

Parfois dans l’abandon ou l’absence, parfois défiant ou ignorant la camera, les protagonistes semblent jouer une pièce où se mêlent histoires déjà vues et énigmes policières. Défile alors une succession de solitudes, de visages marqués, de corps blêmes, seuls ou entrelacés, en équilibre au bord d’un abîme ou figés dans un cauchemar où la neuvième porte pourrait s’ouvrir d’un moment à l’autre.

Alisa Resnik photographie la vie et son reflet, la fragilité, la grâce, la mélancolie, la solitude. D’un univers qui respire inquiétudes et angoisses, elle restitue une image où l’on ressent surtout son empathie profonde avec les personnes et avec les lieux.

Lieux dont elle affectionne, ou elle récrée en jouant de l’obscurité et de la pénombre, l’ambiance d’un vieux théâtre de quartier aux velours rouges ou les atmosphères à la David Lynch. Bars et couloirs d’hôtels vides, usines désaffectées, maisons qui semblent inhabitées malgré les fenêtres éclairées, arbres couverts de neige ou de guirlandes, interrompent et rythment le cortège des portraits. Ses images, nettes, se passent du recours au flou, rare, pour devenir des visions étranges et poétiques.

Le monde d’Alisa Resnik s’est construit au fil du temps et résonne de ses voyages et de ses rencontres : entre Est et Ouest, entre avant et après la chute du mur de Berlin,  en élaborant les expériences des workshops avec Antoine D’Agata et Anders Petersen ou de la masterclass avec Giorgia Fiorio, ainsi que de sa rencontre avec la peinture classique en Italie. 

Le spectre chromatique d’Alisa Resnik est fait des couleurs de l’obscurité, des rouges et des verts sombres qui absorbent les rares lumières et rappellent les tons tragiques du Caravaggio. Ses damnés peuvent faire penser aux descentes aux enfers de D’Agata, son monde de la nuit renvoyer à celui du café Lehmnitz de Anders Petersen à Hambourg, repaire d’alcooliques, marins et prostituées, mais,  au delà des références,  le plus important dans le travail d’Alisa Resnik est cette écriture photographique envoûtante et capable de traduire un approche fusionnel et tendre vers les personnes rencontrées et photographiées.

Ainsi, One Another ressemble au portrait d’un huit clos qui protège et rassure,  plutôt que inquiéter. Enfin, il ressemble à un portrait de famille, d’un cercle familial un peu maudit, peut être, mais où les liens demeurent.

Laura Serani – Commissaire de l’exposition


Rompre avec la solitude  

"Le temps est un avion à réaction, il se déplace à toute allure" et dans son vol impétueux, les gens et les choses qui se précipitent sous nos yeux sont sûrs de cacher leur essence intérieure. Dans ce temps infini qui s’écoule nous errons, avide d'un simple moment de sincérité.

La photographie est le moyen d'arrêter un moment et d’avoir une chance de regarder plus profondément la réalité indicible, d’aller au-delà de cette dichotomie généralement douloureuse entre le sujet et l'objet. C'est la manière de construire un abri sûr de sensations sur les sables mouvants de la rationalité, de se sentir comme chez soi en regardant par la fenêtre un train qui passe.

Paysages couleurs de plomb, usines en ruine, écho des salles vides, des vieilles pièces gardant toujours le subtil sentiment du passé, et les visages, les visages des gens ... des regards furtifs, de petits gestes maladroits, des mains à la recherche d'un soutien, le chagrin ou la dureté dans le coin de l’œil - ils sont tous comme des oiseaux prêts à voler de leur propres ailes à la recherche de votre sympathie, dans l’espoir de sortir de la solitude.

Ces images se matérialisent dans les projections de nos souvenirs et commencent à vivre par elles-mêmes. Elles nous racontent des histoires  que nous pourrions avoir vu de nos propres yeux. Elles combinent les couleurs et les formes avec nos rêves et nos sentiments, devenant une partie de nous-même, et nous sommes alors condamnés à y revenir encore et encore.

De cette errance à travers le monde entier, nous sommes à la recherche de moments que nous pourrions arrêter et transformer en vision, à la recherche d'une révélation, d'un miroir ... toujours à la recherche d'un miroir...

Alisa Resnik

La série de photographies One Another qui a reçu en 2013, l'European Award for Photography, a ainsi fait l’objet d’un livre  au titre éponyme publié en cinq langues chez cinq éditeurs différents : Actes Sud (France), Blume (Espagne), Dewi Lewis Publishing (Royaume Uni), Kehrer Verlag (Allemagne) et Peliti Associati (Italie).






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​ICI LA NUIT EST IMMENSE proclaims , in big red letters, the ‘42 h du loup’ painting by Sarkis. An intriguing oxymoron, sounding either like a promise or a threat. One Another could be the story of a single and endless nuit, linking Berlin to Saint – Petersbourg. An endless night with no dawn , stretching over deserted towns and sliding into interiors with worn-out carpets and benches, and where, against a backdrop of faded curtains and wallpaper, people pass by or pose in front of and for Alisa Resnik. Sometimes in a state of wild abandon, sometimes defiant or ignoring the camera, these protagonists seem to be acting in a play combining familiar themes and a crime thriller.

A succession of solitary people, with disfigured faces, washed-out bodies, alone or wrapped in an embrace, balancing over an abyss or frozen in a nightmare where the ninth door could open any moment. Alisa Resnik photographs life and its reflection, fragility, grace, melancholy and solitude.

Out of a troubling and anguished universe she constructs an image where above all one feels her profound empathy for the people and places she photographs. Playing with darkness and dusk, she recreates the red curtain atmosphere of an old local theatre, or the environment of a David Lynch film. Empty bars and hotel corridors, disused factories, houses that seem empty yet whose windows are lit up, trees covered with snow or decorations, all these break up or punctuate her procession of portraits. Her clear and precise images transcend the habitual out-of-focus style, achieving a strange and poetic vision.

The world of Alisa Resnik has built up over time and resonates with her travels and encounters : between East and West, between before and after the fall of the Berlin wall, through workshop experiences with Antoine d’Agata and Anders Petersen, or Giorgia Fiorio’s masterclass, as well as through her study of classical Italian painting.

Alisa Resnik’s palette of colors is a dark one, deep reds and greens which absorb the rare light and remind one of the tragic tones of Caravaggio. Her damned are reminiscent of d’Agata’s descent to hell, her night scenes those of Anders Petersen’s Café Lehmnitz in Hamburg, with the drunks, sailors and prostitutes, but, over and above these references , the most important aspect of Alisa Resnik’s work is her haunting photographic style, with its tender and fusionnel approach to her subject matter.

One, Another resembles the portrait of a huis clos which in fact reassures and protects more than it troubles. Or at least a family portrait, whose members perhaps squabble a little ….but where there is still an element of fondness.

Laura Serani - Curator of the exhibition



Breaking throught the glass

"Time is a jet plane, it moves so fast" and in its impetuous flight people and things rushing before our eyes are bound to hide their inner essence. Within this endless time flow we roam, craving a single moment of sincerity. Photography is the way to stop a moment and have a chance to look deeper into ineffable reality, to step over this usually painful dichotomy between the subject and the object. It is the way to build the safe shelter of sensation on the quicksands of rationality, to feel at home looking from the window of a passing train.

Leaden-coloured sceneries, dying factories, echoing empty halls, old rooms still keeping a subtle feeling of the past, and faces, people's faces… Hurried glances, small awkward gestures, hands searching for a support, grief or harshness in the corner of an eye – they're all like birds ready to flutter out of their nests in search of your sympathy, to break through the glass of loneliness. These images materialize into projections of your memories and start living their own lives. They tell the stories for you, the stories you might think you've seen with your own eyes.

They combine colour and shape with your dreams and feelings, becoming part of you, and you're sentenced to return to them again and again. So you roam over the world looking for the moments you could stop and turn into the act of perception, looking for a revelation, looking for a mirror… Always looking for a mirror…

Alisa Resnik


The serie One another has been published under the eponymous name and received the European publisher award 2013. It is published in five different languages from five different publishers: Actes Sud (France), Blume (Spain), Dewi Lewis Publishing (UK), Kehrer Verlag (Germany) and Peliti Associati (Italy).