8 novembre - 27 décembre 2014 : Richard SCHROEDER ''Venus, I'm not like everybody else''

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“Une exposition de femmes nues que seule leur rousseur habille et que leur blancheur défend“. Laurent Chalumeau

Richard Schroeder aime regarder les gens, les rencontrer, les photographier. Ici, ce sont des femmes, des femmes rousses sur lesquelles il pose son regard.

Derrière son Hasselblad, il capte une petite part du mystère de chacun de ses modèles, leur face secrète, cachée, il les saisit et leur  redonne chair et âme. Il les fixe sans pour autant les emprisonner et paradoxalement leur offre figure. De façon frontale, d’homme à femme. Il nous les propose en portraits photographiques -potentiels miroirs- cash, bruts mais ciselés, réels et imaginaires, beaux. De ce beau sans affèterie. Sans effet de manches, de mode.

Tout est dicté par la lumière et ses ombres. Son cadre précis est toujours carré. Le noir est sa couleur. Il révèle la blancheur des peaux laiteuses illuminées par la flamboyance des crinières et des toisons.  La séduction est son arme pour faire tomber les masques et faire éclore chacun des caractères.

Magicien, la pudeur lui donne mieux la force de déshabiller ses modèles et se trouver ainsi face à l’éternel féminin. Il rend les femmes belles, dénude leur âme. Le cœur de son travail photographique réside dans la synthèse, l’affinement, le dépouillé, l’essentiel, l’évidence que lui sait voir. Richard Schroeder arrête des instants car il sait qu’ “ il y a une myriade de bonheurs, partout, et souvent ils ne préviennent pas,  ils nous surprennent.  Mais ne durent jamais… “.

C’est dans les années 80 que Richard Schroeder réalise ses premières pochettes de disques  avec Daniel Darc, Casino Music, Elli Medeiros, Etienne Daho…Ce portraitiste nourri de musique  et de littérature collabore depuis avec les plus grands magazines (Rolling Stone, Vanity Fair, Elle, Paris Match, Le Monde…) 

(d’après une interview réalisée par Thierry Mattei, écrivain et journaliste)


Soleils


Trois couleurs composaient le tableau des femmes : chair, rouge et noir. Parfois la couleur chair prenait tout. On ne voyait que cela : la peau exposée, offerte, mais intouchable, une peau sacrée qui évoquait la vie dans ce qu’elle avait de plus fragile, de plus fort et de plus mystérieux. Cette peau- là donnait puis retirait très vite. Elle n’était pas à nous et ne serait à personne. Elle n’était pas cachée mais pas offerte en entier non plus, retenue par un fil que l’on ne distinguait pas, qui reliait les corps à un territoire fermé où nul n’avait accès. Il n’y avait rien de marchand, rien à vendre ni à acheter. C’était présent, calme et fougueux, doux et renversant. Il y avait du désir, mais un désir fugitif comme un éclair, la beauté imposant la distance. Les corps fixés par l’objectif qui les visait semblaient supérieurs à tout. Rien ne pouvait les salir ni les écorcher. Rien ne pouvait venir les troubler. Ils étaient protégés. Protégés par la couleur rouge que les femmes portaient en couronne pour la tête, en toison pour le sexe parfois caché ou dévoilé mais sans invitation ; bruts, vrais, présents, sans gêne ni obscénité. Le rouge surgissait pour dire encore la force et la tendresse des guerrières sans armes ni fureur, droite et dressées au centre d’un espace vide qui semblait s’agrandir au fur et à mesure qu’on le détaillait.

Le tableau des femmes devenait un tableau de reines. Elles appartenaient à un monde féérique où le noir à son tour devenait une couleur. L’ensemble de la scène relevait de la magie : la peau, les cheveux, les poils, le cadre sombre qui les encerclait semblaient se répondre dans un parfait équilibre, tension et relâchement s’accordant enfin.

Il arrivait que quelque chose surgisse de l’image. Une chose secrète que l’on ne voyait pas, mais que l’on sentait : une vibration. Oui, cela vibrait sous le papier, de l’autre côté du cadre. Et cela tournoyait. Et cela explosait. Des milliers de petits points lumineux comme une pluie de milliers de petits soleils éclairaient en secret la scène, illuminant la photographie de l’intérieur, comme si cette dernière avait absorbé le feu pour mieux le diffuser. Brûlantes, les reines rouges et chair lançaient alors un regard qui, à chaque fois, faisait baisser nos yeux.

Nina Bouraoui