Catherine HENRIETTE

Le bruit de la neige

Il est des photographes – des artistes – qui remettent régulièrement leur ouvrage sur le métier ; qui limitent leur champ visuel avec l’idée de mettre en lumière la diversité des nuances qui le composent. On pense également à des peintres comme Giorgio Morandi qui travaille sans jamais sortir de son atelier ; changeant sans relâche les objets de place – souvent les mêmes bouteilles et les mêmes vases – de manière à renouveler les rencontres de formes et de couleurs qui lui inspirent chaque fois des compositions différentes. Le photographe qui opère en extérieur – paysagiste comme l’est Catherine Henriette – ne peut physiquement intervenir sur le motif : celui-ci lui est donné ; il a toutefois la possibilité d’expérimenter divers angles de prises de vue, ou bien attendre avec patience le moment où la lumière et les couleurs vont façonner le paysage d’une nouvelle manière. En son temps, le peintre Claude Monet avait procédé méthodiquement en choisissant d’installer un atelier face à la cathédrale de Rouen ou en revenant poser son chevalet devant une même rangée de peupliers.

La photographie de Catherine Henriette s’impose ainsi par de subtiles qualités plastiques en même temps qu’elle est porteuse de sensations : le vide, un monde à l’arrêt, enveloppé par le silence, laissant imaginer ce que pourrait être le bruit de la neige. Mais cette expérience en solitaire est peut-être aussi l’occasion pour elle de se mesurer « à un redoutable face à soi » qui l’invite à « agrandir son espace intérieur » – pour reprendre les termes de l’écrivain Charles Juliet à propos du travail pictural de l’artiste Fabienne Verdier –. Ainsi, la pratique du paysage dans un tel univers ne serait-elle pas pour elle le vecteur d’une quête existentielle ?

Gabriel Bauret (commissaire d’exposition et auteur)

Conte d'hiver, conte d'été

“Voilà près de 30 ans que j’observe la Chine, son évolution économique, culturelle et sociale. Voilà près de 30 ans que le pouls de ce pays s’est emballé. Les choses vont vite. Trop vite. Les paysages et les villes se transforment, s’aliènent, s’enlaidissent. Tout y est sacrifié sur l’autel du développement et du profit. À tout prix. 

Témoin direct de cette frénésie, j’ai eu envie d’arrêter le temps, de reprendre mon Leica et mes pellicules, comme on prendrait un chevalet. J’ai voulu me poser et jouer avec les lignes d’horizon, les personnages, avec pour fond, la Chine moderne photographiée comme un mirage en mutation. 

 L’attente patiente des lignes pures, des esquisses, la constance ténue du filigrane, comme un conte à mi-chemin entre la réalité et mon imaginaire.”

Ce travail a reçu le prix de Photographie de l’Académie des Beaux Arts en 2013. 

Swell

« J’habite la Côte Basque depuis 20 ans et vis au rythme de ses marées, de ses humeurs changeantes, de ses lumières improbables. Je n’avais jamais pensé photographier mon quotidien, peut-être avais-je peur du « déjà vu ». C’est une photo prise par hasard qui me fit changer d’avis car le résultat était différent de ce que je connaissais.

Je décidais d’aller plus loin avec un Hasselblad, quelques objectifs et un scooter, indispensables pour suivre le peuple migratoire des surfeurs en combi Volkswagen et en combi tout court, qui se déplacent de plage en plage en fonction des marées,  « des droites, des gauches » (vagues) et du « Sacro-Saint » SWELL. »

Catherine HENRIETTE

Cirque de Lescun

La Métamorphose du paysage

Lorsqu’elle sait qu’il a neigé en montagne pendant la nuit, Catherine Henriette prend le lendemain matin la route du Cirque de Lescun où elle retrouve un paysage qui lui est familier : elle possède d’ailleurs une bergerie dans cette région des Pyrénées béarnaises. Les chutes de neige ont installé une atmosphère qu’elle cherche sans cesse à restituer. Elle nous livre ainsi une série d’images qui « font » sensation. Non pas parce qu’elles révéleraient des décors grandioses, des couleurs ou des lumières spectaculaires. Catherine Henriette choisit au contraire de nous faire partager une expérience intime du paysage, à la mesure du plaisir qu’elle prend à le contempler. On pourrait même se risquer à dire que ce n’est pas le paysage lui-même qui s’impose à elle mais la manière dont elle regarde celui-ci se métamorphoser, à travers un subtil voile que la neige forme en tombant silencieusement, sans jamais faire écran. Les détails s’estompent pour faire place à une vision de la nature qui pourrait être ici qualifiée d’impressionniste, encadrée dans une composition que le dessin d’une route sinueuse ou l’arbre qui s’étire à l’horizon vient de temps à autre animer. Les couleurs sont elles aussi tamisées : Catherine Henriette joue sur d’infinies nuances offertes par la diversité des matières végétales et minérales impliquées dans le paysage et dont les phénomènes atmosphériques modifient l’aspect. À la vue de ses photographies, on se surprend à ressentir ce qu’elle a dû éprouver : un air humide et frais nous enveloppe.

Gabriel Bauret (commissaire d’exposition et auteur)

Œuvres

Expositions

2018

Conte d'hiver, conte d'été

Paris Photo, Grand Palais

08.11.2018 – 11.11.2018

2017

Conte d'hiver, conte d'été

La chambre de la collectionneuse, Galerie SIT DOWN

Avril 2017

Conte d'hiver, conte d'été

Salon What’s up Photo Doc. 

Espace des Blancs Manteaux, Paris

Mai 2017

Biographie

Née en 1960, Catherine Henriette vit aujourd’hui entre Paris et le pays basque. Après des études de chinois, elle arrive à Pékin en 1985 et entame une carrière de photographe. Engagée par l’Agence France Presse au moment des événements de Tiananmen en 1989, elle quitte la Chine en 1991, puis multiplie les reportages pour différents magazines.

Elle glisse peu à peu vers la photographie d’auteur, une photographie intemporelle qui donne une longévité à ses images, libérée du carcan du reportage. Dans ce cheminement hors du temps, elle donne autant à voir la réalité au moment de la prise de vue que son état d’âme à cet instant précis, elle ne sait jamais ce qu’elle va photographier, c’est une réelle découverte à chaque fois et “même si le paysage est identique, moi je ne suis jamais la même“.