Il est des photographes – des artistes – qui remettent régulièrement leur ouvrage sur le métier ; qui limitent leur champ visuel avec l’idée de mettre en lumière la diversité des nuances qui le composent. On pense également à des peintres comme Giorgio Morandi qui travaille sans jamais sortir de son atelier ; changeant sans relâche les objets de place – souvent les mêmes bouteilles et les mêmes vases – de manière à renouveler les rencontres de formes et de couleurs qui lui inspirent chaque fois des compositions différentes. Le photographe qui opère en extérieur – paysagiste comme l’est Catherine Henriette – ne peut physiquement intervenir sur le motif : celui-ci lui est donné ; il a toutefois la possibilité d’expérimenter divers angles de prises de vue, ou bien attendre avec patience le moment où la lumière et les couleurs vont façonner le paysage d’une nouvelle manière. En son temps, le peintre Claude Monet avait procédé méthodiquement en choisissant d’installer un atelier face à la cathédrale de Rouen ou en revenant poser son chevalet devant une même rangée de peupliers.
La photographie de Catherine Henriette s’impose ainsi par de subtiles qualités plastiques en même temps qu’elle est porteuse de sensations : le vide, un monde à l’arrêt, enveloppé par le silence, laissant imaginer ce que pourrait être le bruit de la neige. Mais cette expérience en solitaire est peut-être aussi l’occasion pour elle de se mesurer « à un redoutable face à soi » qui l’invite à « agrandir son espace intérieur » – pour reprendre les termes de l’écrivain Charles Juliet à propos du travail pictural de l’artiste Fabienne Verdier –. Ainsi, la pratique du paysage dans un tel univers ne serait-elle pas pour elle le vecteur d’une quête existentielle ?
Gabriel Bauret (commissaire d’exposition et auteur)










































