De sa formation de vitrailliste, Odile Levigoureux (née en 1945) a conservé le goût pour la couleur. Après avoir expérimenté de multiples médiums, comme la tapisserie, le feutre ou le papier, elle explore depuis déjà une vingtaine d’années la céramique de manière magistrale. S’intéressant aujourd’hui à la nature morte, notamment celle du Siècle d’or, elle a développé une incroyable palette d’émaux digne des plus grands peintres flamands.
C’est au tournant des années 2000 qu’Odile Levigoureux approche la terre et le modelage. Apparaissent alors les premiers visages constituant des chœurs, une foule de personnages venus peupler ce qu’elle nomme ses “théâtres imaginaires“. Après son installation en Haute-Normandie en 2006, suivie de son inscription à une classe d’orgue et de clavecin au conservatoire de Dieppe, les retables se transforment en rondes- bosses et en petites architectures où les dômes couronnent des chaconnes tourbillonnantes [danses à trois temps apparues au XVIe siècle en Espagne, NDLR] en écho à la musique baroque. L’œuvre est alors essentiellement blanche, travaillée à l’engobe de porcelaine et parfois rehaussée à la feuille d’or. Il faudra attendre 2019 pour qu’apparaissent les premiers décors à l’émail, avec une nouvelle thématique autour du végétal, bouquets et jardin aux formes explosives et aux couleurs chatoyantes. À l’occasion d’un projet d’exposition au musée de la Chartreuse de Douai, elle se passionne pour la nature morte au point de faire son nouveau Graal “de ce que l’on nomme en anglais « vie silencieuse“, le sujet par excellence d’une contemplation des objets de tous les jours, des nourritures quotidiennes rapportées à la cuisine“, explique-t- elle. “Les tableaux du XVIe siècle sont des éloges de l’intérieur chaleureux de la maison, mais ils sont surtout l’occasion de compositions impeccables, d’équilibres maîtrisés, une méditation sur la peinture : formes, matières, lumières, couleurs, etc. Faire de même avec la céramique, une méditation sur la sculpture, voilà ce qui me stimule et m’anime aujourd’hui !“
Ainsi, dans ses nouvelles compositions, Odile Levigoureux travaille-t-elle la céramique et l’émail, telle une véritable peintre, par petites touches de couleur qu’elle vient appliquer au pinceau, soulignant chaque détail, révélant chaque volume, pour faire de chaque sculpture un véritable tableau vivant. Un double hommage aux peintres flamands qu’elle admire, Pieter Claesz ou Willem Kalf, et au baroque qui traverse son œuvre.
[extraits] Jean-Marc Dimanche, “L’émail peinture d’Odile Levigoureux”, Connaissance des arts, Nov-Déc 2025
