Celine CROZE

Siempre que estemos vivos nos veremos (Tant que nous serons en vie, nous nous verrons)

« Siempre que estemos vivos nos vermets », c’est la dernière phrase que m’a dite Yair. Nous étions sur l’azotea (toit) du bloc 11, la brume enveloppait Caracas, la rumeur folle de la ville ressemblait à un chant funèbre. C’était une balle dans mon cœur. La conscience de sa propre fin avait quelque chose de terrible et sublime à la fois. Tout était dit : l’urgence de la vie, la fascination pour la mort, l’effondrement du pays. L’extrême violence et l’absurdité de la situation donnaient l’impression que la vie n’était qu’un jeu.

Je me rappelais deux jours plus tôt la gallina (arène pour combats de coqs), l’odeur du sang mélangée au rhum et la sueur, les cris de rage, l’excitation de chaque homme. Une transe impalpable enivrais l’arène. Comme si nous étions tous fous. Comme si le sang, la mort et le pouvoir rendaient plus vivants. L’énergie chaotique de la ville raisonnait dans chaque combat telle une danse qui se déploie, qui reste et pleure impuissante.

Un mois plus tard, Yair fut abattu. Il avait 27 ans.

Mes errances en Amérique latine furent traversées par d’autres rencontres saisissantes. Comme ces coqs de combats, je voyais des êtres danser et s’accrocher au désordre. J’y retrouvais à chaque fois cette même sensualité insolente, comme une furieuse provocation, comme un cri d’adolescent amusé par le danger, condamné et libre.

Celine Croze

 

 

NOTHING HAPPENED

NOTHING HAPPENED /

J’étais sur cette ligne ultime
Où s’affrontent la folie la vie la mort
Je ne voulais plus rien entendre ni voir
Et je suis arrivée là-bas
Sur cette île
Cette terre qui ne me laissait pas partir
Cette terre qui voulait me dire quelque chose Ses jours identiques
Cet homme
J’ai voulu raconter cette histoire
M’immiscer dans la faille
Récolter les résidus
Esquisser les visages des blessures
Toucher les pulsions animales
Être au plus prêt
N’en sortir que la matière
L’île, elle, m’accompagnait dans ses nuits sans lune.
Une nuit, elle trembla
C’était le chaos,
Similaire à celui de mon âme
Alors, je décidais de rester
Respirer au-delà de la destruction
Rester et voir.

Celine Croze

Expositions

2022

Galerie Sit Down

 Juin 2022

Biographie

Celine Croze est née à Casablanca (Maroc) en 1982. Elle poursuit ses études en France où elle obtient un Master en Art du Spectacle, puis se spécialise dans l’image à L’ESEC ainsi qu’à L’EICTV de Cuba.

Elle commence sa carrière en tant qu’assistante opérateur sur des longs métrages tels que “Ixcanul“ de Jayro Bustamante (Ours d’argent au Festival de Berlin 2015) ou “Las herederas“ de Marcello Martinessi (Ours d’argent Festival de Berlin 2018).

Parallèlement à son parcours dans le cinéma, elle développe plusieurs projets photographiques et vidéos. Elle participe aux workshops organi- sés par la galerie Void avec Antoine d’Agata et la maison d’édition Akina avec Kladvij Sluban.

Sensible aux fêlures que traverse notre société, Celine Croze utilise les codes cinématographiques pour montrer une histoire, transgresser le monde qui l’entoure, s’immiscer dans la faille de ceux qu’elle regarde.

Ses différents travaux en tant que photographe et vidéaste ont été présentés aux Rencontres Internationales de la Photographie de Fès, au Billboard Festival de Casablanca, à la Biennale de Marrakech et du Paraguay. Au festival de Kassel, au Fuam d’Istanbul et à la Fondation de la Photographie de Tanger.

En 2019 est la lauréate du Festival In Cadaqués avec SQVNV .
En 2020 elle obtient le prix révélation du festival MAP et du festival Face à la Mer avec cette même série. Cette même année elle est lauréate du prix Mentor avec son projet Mala Madre et également Tremplin Jeunes Talents du festival Planche(s) Contact à Deauville.

DEMARCHE ARTISTIQUE

« Cela commence toujours par montrer une histoire. S’immiscer dans la faille. S’effacer et trouver le temps du monde. Il y a cette pulsion animale qui frôle l’urgence et berce le danger. Récolter les résidus de l’action, toucher l’Homme, esquisser les visages de la blessure ou de la violence, être au plus prêt et n’en sortir que la matière.

Il y a l’imminence, le corps en territoire, l’immersion dans des temps loin- tains et inconnus mais frappants à notre seuil.

Je tire de mon expérience en cinéma et en écriture de ction une visiondu monde caché, au-delà des limites que nous vivons et que nous voyons. »

Celine Croze

Presse